La photo de rue est devenue mon thème de prédilection depuis une dizaine d’années. Ce n’est pas vraiment une passion, mais un besoin et une envie de voir évoluer les passants dans leur univers. Que l’on soit en ville, à la campagne, pendant leurs vacances ou au travail, dans les transports ou à la plage…Bref, capter des moments d’émotions et de partage de scènes de la Vie ordinaire.

Définition et réflexion

On peut considérer que c’est bien un français, Henri Cartier-Bresson qui a donné ses lettres de noblesse au reportage photographique. Jamais avant lui, le sujet n’avait été traité avec tant d’acuité dans la vision, d’équilibre dans la composition et l’économie des moyens employés.
De nos jours, nous pensons qu’il est plus facile de se rapprocher des gens avec des longues focales ou des Zoom, mais c’est faux. La quasi majorité des maîtres de la street photo travaille avec un 50 mm, un 35 mm, avec si possible une grande ouverture (F2 ou F1.4). Certains utilisent même un 28 mm pour s’infiltrer au plus proche des gens et créer la surprise, ce qui fait partie intégrante de la discipline. La prise sur le vif étant une des réussites de la photo de rue.

Matériel du photographe de rue

Avant tout, soyez discret et voyagez léger, se balader pendant des heures avec un sac à dos de plusieurs kilos me semble aujourd’hui ridicule. Mais je dois avouer que dans ma jeunesse, c’était le lot de bien des photographes pendant leurs périples… Mon dos le vit encore actuellement grâce à mes Nikon F et aux nombreux objectifs dans le sac.
Autres temps, époque argentique et numérique, nous avons maintenant de nombreuses marques et modèles à notre disposition et selon son budget. Au niveau de la qualité, le reflex numérique est l’appareil privilégié des photographes mais présente bien des inconvénients pour les photos de rue. Trop lourd, trop voyant et pas vraiment rassurant au moment des prises de vue devant les gens.
Je préfère à sa place l’hybride, dépourvu de miroir, beaucoup plus silencieux, avec une visée électronique que j’adore utiliser même la nuit, et une mise au point focus ultra rapide. Pour le futur, c’est sûrement  dans ce créneau que les marques vont évoluer et saisir un marché en pleine expansion. Deux problèmes à suivre, la courbe ascendante des millions de pixels à venir et les objectifs standards de plus en plus chers et volumineux pour garantir la qualité.

Cadrage et composition

Deux fondamentaux incontournables dans la construction d’une photo et cela pour toutes les disciplines et thèmes de référence, pour tous, amateurs et professionnels inclus.
Je voudrais citer simplement pour ce sujet, qui est souvent source de polémique lors des critiques, et qui me semble terriblement juste, l’ancien directeur de l’école Nationale Supérieure de la photographie à Arles dans son intervention concernant l’avenir de leurs futurs métiers aux différents étudiants :
J’ai toujours défendu l’idée que le savoir pour le savoir et la culture, cette culture qui nous envahit, devient le tombeau de l’art. Ce sont ces étudiants qui essaimeront une autre vision du monde par leurs photographies, leurs travaux, leurs modes de diffusion, toutes leurs propositions qui balaieront d’un revers de leur création toutes les formes d’hypocrisie, de politiquement correct, de pensée unique, de pouvoir paternaliste ou dictatorial, non seulement dans le monde de l’art mais tout simplement dans la vie.Soyez vous mêmes, soyez créatifs, cassez les codes et laissez vous porter par votre talent…

Réglages et problèmes spécifiques de la Street photo

Je privilégie personnellement le mode en automatique sur A, comme priorité à l’ouverture, le plus souvent entre un diaphragme de f 5,6 et f 8, une sensibilité allant jusqu’à 400 iso en plein jour pour permettre une vitesse de l’ordre de 125 à 500 e de seconde.
Pour la mise au point, je dois avouer que mes années Leica M au télémètre et en manuel ne permettait pas toujours cette rapidité que nous avons avec le mode AF, S ou C selon les sujets. Mais pendant que je réglais mon appareil, parfois en utilisant l’hyperfocale, les gens ne connaissant pas la marque avait presque pitié de moi avec son look rétro.Je passais donc inaperçu, pendant que mes collègues se faisaient repérer avec leurs reflex et ultra Zoom avant même d’avoir pu déclencher.
Je travaille uniquement avec des fichiers en RAW. N’oubliez pas de garder la balance des blancs en automatique pour garantir vos préréglages. Chargez plusieurs batteries d’avance, c’est hyper stressant en pleine action de manquer de jus.
photo de rue en noir et blanc passants dans la rue
Montée de la Cathédrale et regretté bistrot 12 apôtres en face au Leica X1 12 m/Pixel en 2012 – Mon carnet de note numérique encore aujourd’hui que l’on met dans sa poche de pantalon.

Edition et post-traitement

L’édition ou l’éditing et le post-traitement sont les deux étapes essentielles qui suivent la prise de vue. La première consiste à trier et choisir ses images, et la seconde à leur donner leur forme finale. Il faut être vigilant et dur avec soi-même, éliminer rapidement les photos qui vous semblent ne pas correspondre à vos souhaits de la journée. Garder uniquement celles qui présentent un potentiel dans votre propre technique et style pour ne pas rester des heures à traiter vos logiciels devant votre ordinateur. Une photo floue le restera malgré tous vos efforts et à l’opposé une photo manquant de contraste ou de lumière peut se traiter facilement.
Le « bon » photographe n’est pas seulement celui qui prend des « bonnes photos », c’est aussi, et surtout, celui qui sait ensuite choisir les meilleures en fonction d’un projet précis.
J’utilise de préférence Lightroom dans un premier temps et ensuite Photoshop pour les finitions. La rumeur prétend que nous n’exploitons pas un quart du potentiel de ces outils. En Street photo nous n’avons pas forcément besoin de toutes les astuces de professionnels mais arriver à rendre son image la plus proche de ses attentes.

Conclusion par quelques citations de mes photographes de référence

De Jean Clair parlant de Henri Cartier-Bresson :

Hasard objectif ? A quoi appliquer ce beau terme de Breton mieux qu’à la photographie qui, par son objectif, traquerait ce bel hasard des jours ? Rien donc de prémédité, de composé, moins encore de prévu. Celui qui, à travers les milliers de sujets proposés à sa curiosité, se glisse avec un instinct sûr « entre les actes », assez délié, assez léger, assez subtil pour éviter les lieux, les moments ou les circonstances où la vie se condense ou se noue de manière trop forte ou trop évidente.

Robert Doisneau :

Si tu fais des images, ne parles pas, n’écris pas, ne t’analyse pas, ne réponds à aucune question. Il est des jours où l’on ressent le simple fait de voir.

Marc Riboud :

Longtemps, rêveur et distrait, je suis resté silencieux. C’est peut être ce qui a permis à mon œil de s’amuser et de s’exercer.

Raymond Depardon :

Il paraît que l’errant est pourvu d’une drôle d’allure. J’ai été dénoncé à
la police, un jour par des commerçants place Vendôme, je faisais des photos, j’avais, paraît-il, une drôle d’allure. Aujourd’hui je suis prêt à partir.

De Jean Lacouture parlant de Robert Capa :

En libérant ses amis de Magnum de la tyrannie des grands magazines ou des agences qui jusqu’alors disposaient à la fois du temps des reporters et de leurs trésors, les négatifs, Capa a inventé une nouvelle pratique de la chasse aux images.

 

Quelques idées d’exercices pour se familiariser avec la Street Photo

– focus sur un sujet dans les transports, la gare, la rue arrivant à contre sens
– passant inscrit dans le cadre, c’est-à-dire attendre qu’une personne rentre dans ce cadre
– jeu d’ombre et silhouette d’une personne sur un mur en plein soleil
– scène de personne net avec un arrière plan qui donne une résonance à l’image
– vitrine et vision extérieure et intérieure en contre-plongée
– rendre une atmosphère particulière dans un restaurant, une boutique
– utiliser le décor pour encadrer le passant dans sa balade
– lignes et contre jour dans un tunnel avec des personnes
– saisir un mouvement d’un passant dans la rue
– la nuit, ses ambiances et ses lumières sans flash
– la RUE et ses passants, la prévoyance et le hasard avec un zeste de patience.

A vos boîtiers et n’oubliez pas, que la destination soit proche ou lointaine, peu importe ! L’essentiel est de vous accorder du temps pour vous consacrer pleinement à votre nouveau terrain de plaisirs et de rencontres.

 

Sources: divers livres de la photo de rue, des workshops, Youtube, biographie et notices Actes Sud, textes et images éditions spécifié de l’ENSP d’Arles.

 

fillette au dessus d'une fontaire photo noir et blanc
Fillette en contre jour à Aix en Provence 2017 au Leica M (240) Summilux f 50 mm f1.4

 

 

Merci Richard pour toutes ces explications.